murge de LW
Vodka!!!!
I- Origines
A. Les grèves des années 70 et la formation du KOR
La création de Solidarnosc, et donc l’autorisation d’un syndicalisme libre, trouve ses racines dans les grèves des années 1970 et l’appui des intellectuels par l’intermédiaire du KOR.
Durant les années 70, des grèves éclatent régulièrement pour protester contre la faiblesse du niveau de vie et la corruption des syndicats. Un premier grand mouvement éclate à Gdansk en 1970 et est réprimé dans le sang. Des comités de grève se forment un peu partout dans le pays. De nouveaux mouvements éclatent en 1976-1977. La répression des grévistes provoque le soutien des milieux intellectuels de Varsovie aux ouvriers. Le texte de l’ « Appel des 59 », rendu public en juin 1976 réclame « une représentation ouvrière authentique ». L’écrivain Andrzejewski lance la « lettre aux ouvriers persécutés ». Les réunions entre intellectuels aboutissent à l’appel du 23 septembre 1976, l’acte fondateur du KOR. Ce mouvement s’applique à défendre les ouvriers dans leurs revendications et s’oppose à la répression en demandant régulièrement la réintégration des ouvriers licenciés pour participation à des mouvements de grève et en assistant aux procès. Les membres du KOR sont également victimes de la répression policière, mais les mesures d’intimidation, les arrestations et les passages à tabac ne suffisent pas à les réduire au silence.
En décembre 1977, les ouvriers de Katowice prennent l’initiative de commémorer le massacre de 1970. A cette occasion se forme un embryon de syndicat indépendant. Le mouvement gagne Gdansk : l’ouvrier Krzysztof Wyszkowski déclare la fondation d’un comité pour la création d’un syndicat libre. L. Walesa et Anna Walentynowitcz se joignent au mouvement.
A la fin des années 1970, le pouvoir polonais apparaît fragile : l’opposition réunit à la fois les intellectuels, l’Eglise et la classe ouvrière. L’élection le 17 octobre 1978 d’un pape polonais renforce le sentiment de force de la population.
B. Les mouvements de 1980
En juillet 1980, près de 170 grèves éclatent dans toute la Pologne suite à l’augmentation massive des prix décidée par Gierek (le prix de la viande doit augmenter de 60 %). Au début du mois d’août, une nouvelle vague s’étend à l’ensemble du pays. Elle commence sur le chantier de Gdansk. Le 13 août, Anna Walentynowicz est licenciée. Le lendemain matin, des tracts circulent dans les rues de Gdansk, et la grève éclate sur le chantier, mobilisant près de 17 000 ouvriers, qui exigent en plus des revendications économiques la réintégration d’Anna Walentynowicz et de Lech Walesa, licencié lors des mouvements de 1976. Les mouvements gagnent l’ensemble de la Pologne. Le pouvoir, inquiet de l’ampleur du mouvement et de la présence de membres du KOR, qui participent à la conduite de la grève et alertent les médias occidentaux, décide de négocier rapidement et de faire des concessions : ainsi, le pouvoir accepte de fortes augmentations de salaire, la réintégration des ouvriers licenciés et promet même l’autorisation de syndicats libres sur le chantier de Gdansk. Malgré un accord passé entre Kania et Walesa, la grève continue par « solidarité », suite à une discussion entre une conductrice de tramway et le leader charismatique polonais.
L’enjeu porte désormais sur des revendications beaucoup plus générales. Les ouvriers fondent le Comité de Grève inter-entreprise. Avec à sa tête L. Walesa, ce comité rédige une liste de revendications osées : création de syndicats indépendants du pouvoir, droit de grève, liberté de parole, liberté de presse, libération des prisonniers politiques, hausse des salaires et des retraites, information de la société à propos de la situation réelle de l’économie polonaise. Le 19 août, le secrétariat du comité central adresse à toutes les organisations du parti un communiqué alarmé : « Les éléments antisocialistes présents dans les comités de grève ont avancé des revendications politiques et des slogans hostiles (...) qui sont en réalité une atteinte aux fondements du régime de Pologne populaire (...). L’exigence de syndicats libres est une manière d’obtenir la possibilité institutionnelle de conduire des actions antisocialistes ». Le pouvoir entreprend alors plusieurs tactiques. Tout d’abord, il décide de multiplier les arrestations au sein du KOR et de tenter de négocier directement avec chaque entreprise, en ignorant le comité inter-entreprise. Ensuite, Gierek essaie l’autorité de l’Eglise, par un entretien avec le cardinal Wyszynski. Des appels à la reprise du travail sont diffusés dans les églises mais sans résultat. La force étant jugée trop dangereuse compte tenu de la situation, le pouvoir décide de négocier avec le comité de Gdansk. L. Walesa et les autres dirigeants de la grève ne souhaitent pas mener le pouvoir à bout ni déclencher une grève générale qui serait incontrôlable, mais restent fermes dans les négociations. Notamment, ils refusent toute concession au sujet des syndicats libres et de la libération des prisonniers politiques. Les négociateurs, impressionnés par l’ampleur et l’organisation du mouvement, ainsi que par le soutien massif de la population, concluent à une obligation de capituler.
II- Un syndicalisme libre
A. Les accords de Gdansk et la fondation de Solidarnosc Le 31 août 1980, Lech Walesa signe les accords de Gdansk. Pour la première fois dans l’histoire d’un régime socialiste, on donne le droit aux ouvriers de s’organiser librement en syndicats en dehors du contrôle du parti. L. Walesa célèbre une victoire obtenue « sans la moindre violence » et annonce que ce qui n’a pas pu être obtenu cette fois-ci le sera bientôt, maintenant que l’essentiel est acquis : « ces syndicats libres autogérés sont notre garantie pour l’avenir ». Il en appelle ensuite à la reprise du travail.
Le 22 septembre, les 32 comités de grève se transforment en un syndicat indépendant autogéré, qui prend le nom de Solidarnosc. Le syndicat s’étend à toute la Pologne sous la forme d’une fédération de 17 branches régionales. Un Bureau intérimaire est présidé par L. Walesa.
B. La puissance de Solidarnosc
Solidarnosc devient très vite un mouvement puissant, devant lequel le pouvoir est forcé de s’effacer. Cette montée en puissance fait passer son action à un niveau bien supérieur à celui des revendications ouvrières. Les événements l’ont chargé de responsabilités qui n’étaient pas les siennes au départ : ils l’ont contraint à devenir malgré lui un pouvoir parallèle, opposé aux pouvoirs publics. Aidé par les intellectuels, il est devenu une sorte de représentant de la nation. La puissance de Solidarnosc face au gouvernement apparaît durant les années 1980-1981.
Déjà, lorsque le syndicat demande l’enregistrement de ses statuts en octobre, l’Etat est obligé de capituler. Le tribunal de Varsovie reproche au syndicat de ne pas faire mention du rôle du parti et ajoute une clause sur le sujet de sa propre autorité. Le 10 novembre, le tribunal suprême annule cette clause car Solidarnosc menace d’une nouvelle grève générale. Ensuite, toute une série de conflits confrontent Solidarnosc au gouvernement, dont le prestige s’effondre, car chaque fois, il est contraint de capituler sous la menace d’une grève générale. Autre évènement qui prouve l’importance du Solidarnosc, le 6 février 1981 à Bielsho Bala, les grévistes obtiennent le départ des cadres politiques locaux accusés de corruption. En janvier, des ouvriers de Gdansk refusent de travailler le samedi. Le gouvernement doit étendre à l’ensemble du pays la solution retenue à Gdansk : les ouvriers ne travaillent qu’un samedi sur quatre. Le pouvoir de Solidarnosc atteint son apogée lorsque le gouvernement reconnaît Solidarité rurale, alors que jusque là, le syndicalisme était interdit. Solidarnosc regroupe plus de 10 millions de travailleurs, et 600 000 membres du parti l’ont quitté pour Solidarnosc.
C. Une situation tendue
La situation au début de l’année 1981 est tendue : l’autorité du gouvernement n’existe plus, la nomenklatura est en danger, et les Russes menacent d’intervenir. Pourtant, Kania, premier secrétaire du parti, semble conciliant envers Solidarnosc. Toutefois, lors du rapport du Comité central, il différencie au sein du mouvement « le courant ouvrier » auquel il ouvre ses bras et « le courant d’activités réactionnaires des groupes extrémistes » comme le KOR. Les membres du parti qui sont aussi membres de Solidarnosc sont invités à lutter contre ce dernier. Le but de la manœuvre est évidemment de disjoindre l’alliance des ouvriers et des intellectuels qui a permis le triomphe de Solidarnosc.
La situation s’aggrave au cours de l’année 81, ainsi que la pression soviétique, ce qui va pousser le gouvernement à réagir énergiquement.
a) Les faiblesses de Solidarnosc
La situation économique ne cesse de s’aggraver (inflation et difficultés de ravitaillement notamment), et Solidarnosc ne peut rien contre ça. Or, les grèves se multiplient sans l’aval du syndicat. En effet, ce dernier se prononce contre les grèves, pour la hausse des prix accompagnée d’une réforme économique passant par l’autogestion des entreprises. Le mouvement se divise car on reproche à Walesa sa modération et sa position contre la violence. Le Congrès de Gdansk (septembre et octobre 1981) témoigne d’une certaine radicalisation ou du moins d’une certaine imprudence de la part de certains membres du syndicat. En effet, le programme adopté est vu comme un véritable acte de provocation contre le pouvoir : liquidation de la nomenklatura, élections libres aux conseils nationaux, « appel aux travailleurs d’Europe de l’Est », demande d’un référendum sur l’autogestion des pays de l’Est. En revanche Solidarnosc lance un appel à ses membres pour qu’ils mettent fin aux grèves sauvages qui lui font perdre la confiance de la nation. Fin novembre, 15 membres du bureau du syndicat de Gdansk démissionnent pour protester contre la politique de compromis de Walesa.
b) La pression soviétique
Dès août 1980, des manœuvres militaires du pacte de Varsovie sont présents en Pologne et les satellites de surveillance américains avaient repéré des mouvements de tanks vers la capitale. Le 18 septembre 1980, une déclaration soviétique est publiée à Varsovie. Les événements de Gdansk sont qualifiés d’antisocialistes. La doctrine Brejnev dénonce l’antisoviétisme du « pseudo-syndicat Solidarnosc ». En décembre, 500 000 soldats se tiennent en alerte aux frontières de la Pologne. Durant tout le printemps 1981, la presse soviétique se montre hostile. Le dispositif idéologique pour la justification d’une éventuelle intervention est prêt: de Moscou à Berlin-Est, de Prague à La Havane, les avertissements ont été prodigués, les menées des « contre-révolutionnaires » polonais dénoncées, la nécessaire fidélité à l’internationalisme prolétarien réaffirmée. Surtout, la lettre adressée le 5 juin 1981 par le comité central du Parti communiste soviétique aux dirigeants polonais semble la reproduction, presque mot pour mot, de la « lettre des Cinq » du 15 juillet 1968 envoyée à Prague. La « normalisation » de la Pologne semble inévitable.
III- De la clandestinité à la chute du communisme
A. L’Etat de guerre
Le 13 décembre 1981, le général Jaruzelski, Premier ministre depuis février, également premier secrétaire du parti depuis octobre, constate que « le chaos et la démoralisation ont pris les dimensions d’une catastrophe nationale ». A minuit, « L’Etat de guerre » (« Stan Wojenny ») est proclamé. Le syndicat Solidarnosc est dissous, cadres et militants sont internés dans les camps, la surveillance policière est omniprésente, la Pologne est isolée du reste du monde. Dans les grandes villes, des chars montent la garde aux carrefours stratégiques, les tanks se substituent aux bus et aux taxis. L’annonce du 13 décembre 1981 se fait à la surprise de tous les Polonais, mais l’idée était dans les airs depuis août 1980, le gouvernement voulant éviter à tout prix une intervention soviétique. Le discours de Jaruzelski expliquant les raisons de ce revirement est diffusé en permanence à la radio et à la télévision : il s’agit de mettre de l’ordre avant que les Russes ne s’en chargent. La radio Wolna Europa (« Europe libre ») est brouillée. Les liaisons téléphoniques sont coupées. Les grèves sont interdites, l’armée prend possession des usines, l’enseignement dans les écoles et les universités est suspendu. Un couvre-feu est instauré de 22 heures à 6 heures. On ne peut pas se déplacer dans le pays sans autorisation.
B. Solidarnosc dans la clandestinité
La direction clandestine de Solidarnosc se fait par la création en avril 1982 de la Commission temporaire de Conciliation (TKK). Les journaux et les tracts sont imprimés à l’étranger puis distribués clandestinement, les mots d’ordre de grève sont transmis par téléphone. Mais les autorités procèdent à des mises sur écoute et répriment les grèves dans le sang par l’intermédiaire des milices. L’incident le plus grave est celui de Katowice : 9 mineurs sont tués par la milice. En mai 1982, des militants de Solidarnosc manifestent. Là encore, l’intervention des militaires fait des morts et des blessés. Solidarnosc est interdite en octobre 1982. En novembre 1982, la grève générale échoue. L. Walesa est libéré dès le 12 novembre 1982, mais ce geste apparaît comme une décision de Jaruzelski destinée à montrer que la Pologne est normalisée, plutôt que comme un geste d’apaisement. En effet, la plupart des leaders des mouvements de l’été 1980 restent emprisonnés.
Malgré la répression, l’opposition ne s’est pas complètement tue. La population boycotte les institutions mises au point par le pouvoir militaire. Lors de son second voyage en Pologne du 16 au 23 juin 1983, Jean-Paul II est accueilli par le chiffre record de deux millions de personnes, brandissant drapeaux rouge et blanc, aigles polonais et même des bannières de Solidarnosc.
Le gouvernement lâche peu à peu de lest à partir de la fin de l’année 1982 en autorisant la libération de militants, mais ceux-ci sont extrêmement surveillés. La fin de l’état de guerre est proclamée le 22 juillet 1983 mais les lois d’exception restent en vigueur. En décembre 1983, L. Walesa reçoit le prix Nobel de la paix. N’ayant pas été autorisé à quitter le pays, c’est sa femme, Danuta Walesa qui se déplace à Oslo. L’absence physique du lauréat montrait aux yeux du monde que la Pologne n’était pas libre.
C. La libéralisation
a) De 1984 à la Table ronde
Le 24 juillet 1984, une loi d’amnistie des prisonniers politiques est promulguée à l’occasion du 40e anniversaire de la République populaire de Pologne. De nombreux sympathisants de Solidarnosc sont libérés. L’arrivée au pouvoir en 1985 de M. Gorbatchev accélère le processus en déstabilisant le régime militaire polonais qui s’efforçait de maintenir l’ordre. Peu à peu les prisonniers politiques sont libérés. La pression populaire se fait à nouveau entendre. En mai 1987, une réforme constitutionnelle autorise le gouvernement à procéder à des référendums. Le premier, organisé en novembre 1987 porte sur un plan d’austérité économique. Le gouvernement n’obtient que 46 % de votes favorables l’abstention s’élevant à 37 %. Le 13 juin 1987, lors de son troisième voyage en Pologne à Gdansk, le Pape prononce ce discours : « Chaque jour, je prie pour vous, là-bas à Rome et où que je sois, chaque jour je prie pour ma Mère patrie et pour mes compatriotes. je prie particulièrement pour l’action du grand mouvement de Solidarnosc ». En août 1988, à la suite de grèves, le pouvoir fait appel à Lech Walesa pour rétablir le calme. Ayant reçu l’assurance du pouvoir que Solidarnosc serait à nouveau légalisé, Walesa demande l’arrêt des grèves. Le 5 avril 1989 avec l’aval de Gorbatchev, le général Jaruzelski et les dirigeants de Pologne signent un accord historique durant la fameuse « Table Ronde ». Pour la première fois depuis 1946, des élections libres seront organisées en Europe de l’Est, mais cette liberté doit être contrôlée et limitée dans sa portée. Le « modèle » testé en Pologne doit être celui d’une réduction, mais aussi d’une protection provisoire de l’hégémonie du parti communiste. Le Parti se voit donc contraint de négocier avec l’opposition, incarnée par Solidarnosc, les points les plus importants de son programme de gouvernement. Il est prévu que la Pologne s’engage dans une transition contrôlée : après une phase de 4 ans durant laquelle le pouvoir est partagé entre le parti communiste et l’opposition, les élections aux deux chambres doivent devenir entièrement libres. Le contrôle de la transition est renforcé par l’élection pour six ans par les deux chambres d’un Président de la République aux pouvoirs considérables (Jaruzelski)
b) La chute du communisme
Les consultations électorales de juin 1989 révèlent que le rétrécissement de la base sociale du pouvoir communiste dépasse les pires craintes des dirigeants. Au Sénat, Solidarnosc remporte 99 des 100 sièges, le dernier étant occupé par un candidat indépendant. A la Diète, presque aucun des candidats n’est élu au premier tour. Le parti communiste propose à Solidarnosc la constitution d’un gouvernement d’Union nationale, mais le syndicat refuse. Jaruzelski estime ne pas avoir d’autre solution que de confier la direction du gouvernement à Solidarnosc. Tadeusz Mazowiecki devient le premier Premier ministre non communiste depuis la fin de la guerre. Moscou accepte avec pour seule exigence le maintien de l’alliance avec les Soviétiques et l’intégrité du Pacte de Varsovie. Jaruzelski est élu de justesse à la tête de l’Etat, mais ses pouvoirs sont de moins en moins concrets étant donnée la désintégration progressive du parti. Le 9 décembre 1990, Lech Walesa est élu à la tête de la Pologne.
Solidarnosc a joué un rôle dans la transition de la Pologne vers un régime démocratique. Soutenu par l’Eglise catholique et par les intellectuels, le syndicat a dépassé ses objectifs initiaux qui étaient de défendre l’autonomie de la classe ouvrière pour devenir un véritable pouvoir parallèle, opposé au régime communiste
Other Places to go:

01046 hits since May 21, 2000
email an Webmaster webanonce.com